Histoire du château
Vers 1400-1405, l’usine métallurgique de Laclaireau était fondée, c’est donc ce nom d’usine qui a donné lieu au nom de la seigneurie. Pour alimenter les forges, l’usine était à proximité des cours d’eau. C’est ainsi que le premier château de Laclaireau a vu le jour en bordure des étangs alimentant les forges de la famille de Lespine. Vers 1664, elle rachète le titre et les droits seigneuriaux de Ethe. A partir de 1666, Jean Poschet démarre la forge et le haut-fourneau de Laclaireau. En 1775, lecompte Nicolas-Jean de Lespine est assassiné dans le château et l’usine passe à la famille de Briey. De 1776 à 1786, la famille de Briey travaillera uniquement pour l’armurier français Manufacture d’Armes de Charleville, situé dans les Ardennes françaises. En 1794 (le 17 avril), les troupes françaises incendient le château et les usines. Les forges sont réparées rapidement avant de progressivement dépérir avec la chute de Napoléon. L’activité métallurgique cesse complètement en 1822. En 1833, le comte Camille de Briey prend possession du domaine. Ce dernier fut ministre des finances puis ministre des affaires étrangères avant de devenir ministre plénipotentiaire de la Belgique auprès du Tsar de Russie. Il fera raser l’ancien château pour construire ce château de style néo-renaissance en pierre de France. Il aurait été érigé entre 1852 et 1855 avant d’être rénové vers 1870. Il fut fréquenté par le roi des belges Léopold Ier.
Source: Châteaux et demeures historiques en Gaume et par delà, S.I. de Virton; ardennesbelge.be
La Claireau, un territoire d'eau
La Claireau est d’abord une vallée. Avant d’être un château, le lieu appartient à un vaste système de sources, de ruisseaux, de bois et de zones humides qui relie la Rouge-Eau, le Gros Ruisseau, le Rabais, le Bonlieu, la Mère-Dieu et les bois d’Ethe. C’est cette abondance hydraulique qui a fait fonctionner les forges et les hauts-fourneaux, puis contribué à la puissance économique du domaine.
Mais la même eau irrigue une autre histoire du territoire, moins monumentale. Dans les bois, elle surgit près des anciens ermitages, reçoit des noms comme Bonlieu ou Mère-Dieu, alimente des récits de fées et devient le support d’une étonnante densité d’imaginaire populaire. Le Trou des Fées voisin était ainsi réputé habité par des êtres capables de se transformer en chiens noirs et même d’incendier les paniers des cueilleurs de myrtilles. Plus tard, les Zigomars ont à leur tour investi la Mère-Dieu, y installant leur « repaire » et inventant une sociabilité forestière faite de rites, de costumes, de repas et de fêtes.
L’eau constitue ainsi le fil discret qui relie des usages apparemment opposés : le pouvoir du château, le retrait de l’ermite, les dévotions populaires, les légendes et les fêtes de la forêt.
Au XVIIe siècle, Claude de Habaru quitte le monde social pour s’installer au Bonlieu, près des sources du Rabais. La tradition lui attribue l’âge extraordinaire de cent cinq ans. Rien ne permet bien sûr d’en faire une propriété médicale de l’eau locale, mais la coïncidence invite au fantasme : cette eau aurait-elle quelque qualité viatique, quelque puissance de durée ?
L’hypothèse devient d’autant plus séduisante que Bon Lieu et Mère-Dieu sont encore aujourd’hui des noms de captages d’eau souterraine de Virton. L’eau du territoire n’a donc pas disparu avec les ermites et les légendes : elle est devenue infrastructure.
Si le château est alimenté par ces captages, l’eau qui sort aujourd’hui de ses robinets appartient au même paysage souterrain que celle que buvait autrefois l’ermite de Bonlieu.
Boire un verre d’eau à La Claireau, ce n’est alors pas tout à fait un geste banal. C’est absorber un peu de la vallée elle-même : sa géologie, ses forêts, ses anciens usages, ses récits, ses figures invisibles et peut-être, pourquoi pas, quelque chose de cette mystérieuse aptitude à durer.